23/04/2014

Blanche heure




"Le style simple est semblable à la clarté blanche"
A.France
Robe de baptême.
Pour Apoline.

18/04/2014

Printemps barbare : La { Tobar } est haute !

Je suis amoureuse. Encore !
Les critiques ne sont pas toutes bonnes. Mais moi j'ai dévoré cet opus d'Hector Tobar.
Prenez Wolf - Journaliste, coups de griffes, maîtrise parfaite de l'espace, pointillisme et étude de moeurs curseur au max - rajoutez du Levison - intrigue sociale, pointeur fixé sur un infernal rouage judiciaire à l'Américaine ( Américaine, uniquement ? J'ai un doute. Passons ) , shakez un coup et dégustez un Tobar pur jus de cactus bien tassé.
Il parait que le roman est poussif au démarrage. Je n'ai pas eu cette impression. Mais j'aime scanner les gens, leurs façon de vivre et ce que l'on peut en déduire. 
Scott et Maureen Torres-Thomson sont des Californiens privilégiés. Lui entrepreneur dans une startup informatique, elle au foyer avec ses trois enfants et autant d'employés.
Lisses. Propres, aseptisés, bien élevés et éduqués. Comme le quartier qui surplombe l'océan dans lequel ils se sont réfugiés, coupés du monde de brutes et d'étrangers mal dégrossis qui grouille à leurs pieds dans la mégalopole labyrinthique qu'est Los-Angeles.
Bien sûr ils emploient des Mexicains sans papier et au noir. Bien sûr. mais tout le monde le fait.
Bien sûr ils ne partagent jamais rien avec eux, ne connaissent rien de leur vie et les sur-exploitent. Bien sûr. Mais tout le monde le fait.
Grain de sable dans le rouage. Les affaires de Scott ne vont pas si bien, deux des gens de maison sont remerciés. Araceli Ramirez, la - jeune- bonne à tout faire reste l'unique employée.
On lui demande tout. Docilement, elle revêt son costume de bonne tous les matins, fait consciencieusement son job et ne se permet de rêver à la vie d'artiste peintre à laquelle elle a renoncée que lorsque sa porte de chambre est refermée.
Et puis un jour tout bascule. Les Torres se disputent pour une histoire de fric. La table basse vole en morceaux, madame prend la petite dernière sous le bras, monsieur se tire et la bonne ramasse les éclats.
Pendant 4 jours malentendus, non-dits et incompréhensions s'enchaînent permettant à chacun des parents de croire que l'autre est avec les enfants à la maison et empêchant Araceli de joindre ses employeurs dont elle ne connaît rien.
Et il y a les deux enfants.
Au bout de 4 jours elle se décide à partir les confier à un hypothétique grand-père qui habiterait de l'autre coté de LA.
L'implacable machine judiciaire se met en marche à la seconde près où ce trio mal assorti met un pied de l'autre côté de la barrière garante de l'éducation impeccablement huilée et de la protection de ces enfants.
Araceli poursuivie, arrêtée, soupçonnée et accusée de kidnapping.
Les personnages sont authentiques. Pas attachants, mais on les observe avec une pointe de tendresse. Elle parce qu'elle est mère et qu'elle veut être parfaite - On est touché, presque, quand elle réalise, seule face à ses taches ménagères qui la submergent littéralement combien sa bonne en abattait du boulot ! - lui parce qu'il est terriblement angoissé au juste de décevoir son épouse. Les enfants, intelligents -très !- et pourtant si ignorants des réalités sociales. Araceli enfin, consciencieuse et honnête à l'extrême, travailleuse irréprochable, un peu timide et naïve, un peu rocailleuse et pourtant pas dénuée de sensibilité.
Du bûcher des Vanités à Arrêtez-moi là en passant par Printemps barbare, un semblable enchaînement se dessine. Un innocent, plusieurs ficelles. 
Dans une ville à très fort pourcentage Latino, presse, justice et associassions diverses vont s'emparer de l'affaire dans laquelle la principale intéressée n'aura que peu à dire. 
Sa ligne de mire : Son rêve. Qui n'est pas Californien.

Héctor Tobar
"Printemps barbare" en poche




















14/04/2014

Crêpe dentelle




Sinon je fais encore dans la dentelle. Et jusqu'à l'été. 
Gourmande va !
✤✤✤
C'était la publication la plus courte de l'histoire de mon blog.

30/03/2014

Dimanche dévote

Dis donc c'est vrai, je suis pas très loquace  - j'attends l'occas'-
J'étais pas très fière la semaine dernière.
J'ai même pas voté dans l'urne. J'ai voté fort in petto. Mais c'est pas comptabilisé.
J'ai pris le train. C'est pas de ma faute.
Je devais arriver juste après la fermeture des bureaux.
Je suis arrivée 2 heures en retard.
Bon alibi, cadeau de la es-haine-céF.
Alors que j'avais la ferme intention d'arriver pile en retard pour voter.
Loupé.
Dimanche de vote. Je vais voter.
Avant c'était simple. C'était dans les vieux science pots qu'on faisait les meilleures soupes.
Enfin, là, c'est la déconfiture.
J'ai retrouvé un copain mercredi soir. Il m'a dit de voter pour lui.
Mais il faudrait que je vote in petto. La semaine dernière ça a été un fiasco.
C'est un chanteur. Un rockeur de l'ordinaire.
Avant quand il était plus jeune, il chantait les Beatles, des trucs qu'on reprenait en choeur.
A force il est devenu grand.
Il chante l'urbain, le quidam,
le monsieur tout l'monde, le machinal, 
les combats, le désordre sur macadam.
C'était chouette de le revoir. Ça m'a rappelé le pays Basque. (clic)
Dévotion août of Socoa.
Et puis ça m'a rappelé qu'aujourd'hui c'était
Dimanche de vote - (clic)
Album et tournée en solo "Thomas b" chanteur et guitariste des Luke. Shoot

15/03/2014

La côte assure

C'est en retournant des années plus tard sur les lieux de notre enfance qu'on réalise combien elle sont nombreuses les perles du souvenir, de l'enfance heureuse et lumineuse dans le jour perpétuellement clair de l'âge insouciant.
Nice était un passage. Je ne me souviens d'aucun nuage. J'ai des souvenirs de Bordeaux d'où nous arrivions. Mais c'est à Nice que naissent les souvenirs sans approximation.
En y séjournant, consciente ou vagabonde, je tombe immanquablement sur des miettes de madeleines.
Le souvenir s'impose et en appelle d'autres enfouis presque oubliés parce qu'insignifiants.
L'âge peut-être ? Je deviens trop mûre. Besoin de se raccrocher aux branches.
Combien d'allers, de retours, d'aller-retours et de détours sur la Prom criblée des trous des talons aiguilles de nos mères aux ongles parfaitement peints.
Je piste ces vestiges du temps de mes gadins de patineuse à roulettes mais le front de mer est lisse désormais . Perfection du front de ma mère à l'époque de nos promenades sur les galets.
Les niçoises se racornissent aux premiers rayons de soleil . Elles nous intriguaient et m'étonnent encore. Noires et desséchées, parfaitement immobiles, imperceptiblement pourtant déplaçant leur couenne à la façon d'une fleur de Tournesol . Phototropisme d'élégantes qui finissent flétries au mois de septembre.
Le quartier que nous habitions me parait plus populaire qu'il ne l'était avant. Mais l'immeuble est toujours le plus beau de la rue. Façade Turinoise d'oxyde jaune et persiennes aux tonalités froides. Le jardin privé du rez-de-chaussé abrite toujours un grenadier flamboyant. La gentille dame propriétaire nous offrait une grenade parfois et je mordais dans le fruit défendu,  irrésistible et bourré de pépins.
L'école se dévoile au coin de la rue. Sur le trajet le grossiste en confiserie n'est plus. Le chemin perd de sa saveur.
Ma copine Vanessa avait les oreilles percées, comme toutes les petites filles niçoises dans les années 80. Je me collais des minuscules carrés de plastique hologrammé autocollants ridicules et je me persuadais d'être des leurs. Des cassettes de Rose Laurens et de Cookie Dingler se refilent sous le tee-shirt fluo démesuré Waikiki. Dépourvue de transistor, drame absolu, je suis condamnée à écouter les tubes qui me parviennent étouffés à travers le plancher de la chambre du voisin adolescent et très à la page.
Je reconnais la maison de ma copine Claire. Celle qui était très très intelligente et qui jouait du violon. Pas comme Vanessa, experte en pipeau.
Claire me racontait Fantômette que j'avais la flemme de lire. Nous nous faisions des cabanes sous la table de la salle à manger et nous y invitions sa chienne Husky tandis que sa maman nourrissait la colonie de Mandarins colorés en piaillant du Hugues Aufray.
En grimpant sur les hauteurs de Cimiez je revois l'appartement grandiose, rose boudoir aseptisé d'une fille qui m'a tellement marquée que j'en ai oublié le prénom et le visage. Je me souviens de sa chambre moquettée et parfaitement ordonnée et des sujets de pâte d'amande pour le goûter.
L'horizon me porte vers la mer. Transparente et calme. Sur la presqu'île du cap Ferrat, nous dénichions un coin tranquille. L'air faussement dégagés nous enjambions les corps largement exposés des nudistes impassibles qui nous barraient le chemin, étalés de toute leur grotesque et indécente mollesse pour aller se poser plus loin encore et c'est accrochés à un bout de rocher que nous posions un coin de fesse pour nous délecter des Pan Bagnat préparés par ma mère.
Je ne peux pas passer à Nice sans manger au moins une fois un Pan Bagnat. C'est viscéral. Ils me ramènent immanquablement vers le cap Ferrat, le vestige de ce tout petit port à l'eau cristalline truffée d'étoiles de mer et d'oursins et où ne s'amarrent plus que des moules rescapées d'une pollution, qui fut trop longtemps galopante pour qu'on y vienne à bout en une génération de bons sentiments.
C'est ici que j'ai appris à nager. Les facettes acérées des rochers ne me laissent pas un souvenir d'une douceur impérissable, mais je dois à cette méthode d'apprentissage un peu rustre de ne jamais avoir peur…de me jeter à l'eau.
Début mars ici, il est préférable de prévoir maillot et combi de ski. Une journée sur les pistes du Mercantour, un pique-nique en bord de mer bikini de sortie. A Gréolière il n'est pas rare de voir des coquettes préoccupées par leur bronzage parfait d'un bout de l'année à l'autre skier en balconnet…Avec vue dégagée sur mer.
Il fait 18 degrés sur les pistes d'Auron. La neige est d'une qualité rare. Elle est tombée pour nous, 24 heures avant notre arrivée. Sur la route de la Tinée, en montant vers les stations, mon regard se porte sans préméditation sur cette façade décrépie de boulangerie de bord de route. Un peu embrouillée, comme coincée aux entournures par un souvenir trop lourd à télécharger je me retourne après la bataille alors que nous arrivons deux kilomètres plus loin à Saint Sauveur. Mon conducteur fait demi tour de bonne grâce et j'entre dans l'antre de l'un de mes meilleur souvenirs gustatif. La boulangère est la même.  Elle fait le service depuis 42 ans. Elle était alors accompagnée de sa mère. Fougasse aux anchois, pissaladière, pizza généreuse. Les mêmes produits simples et gourmands , et la brioche tressée qu'elle offre à l'enfant de 8 ans que je suis redevenue face à tant de souvenirs émergents. Je rage de n'avoir pas pensé alors au thermos de Viandox et aux berlingots de lait concentré sucré qui bourraient nos poches.
Réparation faite au retour avec un détour indispensable au supermarché pour étancher ma soif de flash-back et me marrer devant l'expression de nausée teintée de perplexité de mon homme et des enfants.  De mes premières descentes à ski, j'oublie délibérément les interminables leçons préliminaires sur l'art de la conversion sans la maîtrise de laquelle nous ne pouvions être lâchés, exercice totalement improbable avec les skis de 2 mètres qu'on nous collait du haut de nos 130 cm l'air entendu du complot sadique, gages de descentes stylées et parfaitement maitrisées…
Je refais mes valises, consciente de laisser quelques souvenirs inexplorés.
La vallée des merveilles, les visites chez l'élégante tante de Grasse, carnaval avec les cousines et les promenades sous les Eucalyptus.
J'y retournerai, assurément, hors saison, pour y revoir Galéa, le rocher, les oliviers et les mimosas  et pour courir de plaisir sur la corniche face à la mer, à respirer par goulées gourmandes les souvenirs dont m'assure la côte.

18/02/2014

Sans transition.



















Pour mes amies.
Mamans graciles et souriantes, effacées, presque distantes.
Elles ont dans les yeux un éclat de ciel. 
On y lit la savane, l'immensité des plaines, 
les combats d'hier, 
doutes et volonté, 
quelques pensées profanes
la prière et le miel, 
le repos des guerrières.
Robe tunique 24 mois.
Patron maison  -mélange de deux bases -


13/02/2014

En finir avec le délit de Bellegueule

Eh dis !
Trois jours que je gamberge.
Homosexualité, homophobie, folie, homo ça pince, ça pue, ça crache, ça flingue, ça percute ça perd cul.
Et puis en fait non. C'est pas un roman de genre. C'est un roman social. Du Zola.
C'est cela je crois. L'homosexualité ce n'est qu'un prétexte.
Voilà.
Eddy est homosexuel. Et alors.
Il est rejeté. D'accord. Il est rejeté parce qu'il est différent. Intellectuellement.
Il est né au mauvais endroit. Erreur de largage.
Les vilains petits connards, y'en a dans tous les milieux.
Ceux qui jugent mal. Ceux qui disent que t'as rien à faire là.
Le souffre douleur. Il en faut un.
Crachats, injures, sévices.
C'est le vice. Dans tous les milieux.
Et on a l'air de débarquer !
On débarque parce que le monde d'Eddy c'est un monde fermé.
Eddy il vit dans un village paumé de Picardie. Il tutoie la misère, l'alcoolémie, le chômage, l'humidité, l'insalubrité, il tutoie le survet de nylon, les couloirs du bahut, le manger, le crachat des copains, le cul du cousin et la roue de la fortune seulement dans son poste de télé étriqué.
On regarde écartelé entre désir et dégoût, tout à fait rassuré parce que le Judas, c'est pas nous.
Judas c'est Edouard-Louis.
Eddy Bellegueule, ça ne s'invente pas.
Eddy a tout fait.
Il aurait voulu s'intégrer. Expulsé de son milieu. Casse toi tu pues, t'es pas de notre bande.
Il est de la bande des bourgeois, ces tarlouzes qui se bécotent pour se dire bonjour. Ça se lit quand il "a des airs". Quand il parle en fille, qu'il ne regarde pas la télé, qu'il dit aimer apprendre, qu'il ne veut pas jouer au foot, qu'il ne grossit pas et qu'il a les mains qui battent l'air sans pouvoir les contrôler.
La brutalité de son milieu social ne s'abat pas sur l'homosexuel. Elle foudroie la différence.
C'est de l'ignorance. C'est de la peur.
Eddy voulait bien faire, mais c'est plus fort que lui. De l'abjection naît la colère. Tant pis.
Il est homo et là est son salut.
Il frappe, comme on l'a cogné. Froidement. Il écrit. Cru. Très.
Je me demande encore, à l'heure où j'écris, s'il n'en a pas trop fait.
On détourne le regard parfois. Et tout est lié pourtant.
Eddy se vautre-il dans la sodomie à dix ans parce qu'il aime réellement ou parce que c'est pour lui la seule façon de prendre part au jeu des siens ?
Soyons honnêtes. Doit on décrire nos jeux sadiques ? Ils s'invitent, dans tous les hangars de banlieue et sous les dorures du 7 ème. Le sexe se rêve et se fantasme. Il ne se décrit pas, il se devine.
Eddy pourtant est pour moi un incontournable d'aujourd'hui. Il doit être lu. Mais il doit être lu par des lecteurs éclairés. Il est trop facile de dénoncer. Ne pas voir la pointe de tendresse et d'affection qu'Eddy porte à sa mère, cette "femme toujours en colère". Ne pas voir que son père est fier, l'air de ne pas y toucher. Ne pas voir que l'éducation passe aussi par celle des parents et que parler à tort et à travers de racisme et d'homophobie confortera les faibles dans leur machisme et agacera les classes "dites supérieures".
On nait homosexuel. Comme on nait avec de l'esprit. L'homme ne se contrarie pas. Ou alors dans la douleur. Persuader qu'on peut se fabriquer, dans un sens, comme dans l'autre, c'est exacerber les rancoeurs, provoquer les souffrances. Eddy parce qu'il veut rester lui, homme doué d'intellect avant d'être sexué se fait la belle.
Ce roman pointe du doigt un sujet bien plus dramatique que celui qu'on veut bien nous brandir sous couvert de débat sociétal.
Ce roman fait l'hideux étalage d'une éducation nationale impuissante - Pas des profs, ils font ce qu'ils peuvent les pauvres - et au delà même, complice d'un nivellement par la bêtise. Il faudrait avouer que la perte des fondamentaux - lecture, culture, respect, curiosité, partage, histoire et ouverture d'esprit- plonge les "faibles" dans un abîme d'ignorance tandis que les "forts", les autres, les gens de la ville, les bourgeois et les politiques, les puissants, s'excitent sur des sujets totalement déconnectés et vains.
Eddy de ses mains de "gonzesse" ne brasse pas que l'air de son pauvre village du nord. Il déplace des montagnes derrières lesquelles se planquent bien des sujets…
C'est cela oui. C'est un essai politique. Du Sartre.
Bellegueule…Président ?
Edouard Louis. 21 ans. Normalien.