Vous savez pourquoi je dessine des petits mannequins ?
Non?
Ben j'vais vous l'dire.
Il était une fois il y a 20 ans à ESMOD. Une élève pleine de complexes pour son coup de crayon, parce que tu vois, les étudiants Japonais, très nombreux, avaient un swag du promarker à te filer des boutons.
Seulement voilà, ils faisaient tous la même silhouette. De grandes jambes avec des mains comme des plateaux, des bras élastiques et des corps filiformes. Et les yeux, immenses. Pas de bouche. Juste des yeux et des cils façon parasol.
Mes petits bonshommes avec leurs bouches de traviole faisaient pâle figure. J'avais une maîtrise Es dessin technique fort heureusement avec une expérience acquise en stage chez Monop' à référencer des milliers de portants du temps - séquence nostalgie - où le travail de référencement à coup de crayon des stagiaires coûtait une blinde moins cher que le catalogue photos.
Alors voilà. Un jour où je bloquais plus que les autres sur mes petits bonshommes, j'ai fini par remplacer mes ingrats personnages par des petits mannequins Lavigne. Le prof dirait bien ce qu'il voudrait.
Contre toute attente, ce fut l'un de mes dossier les mieux notés !
Le petit mannequin devint ma marque de fabrique. Un truc de paresseuse.
J'en accompagnais parfois mes cadeaux de naissances, mais ils sortirent du bois à la création de ce blog. L'immuable bannière en est la signature.
Les premières commandes m'ont tétanisée. Je ne prétends pas et n'ai jamais prétendu être une dessinatrice digne d'intérêt. Mais le fait est que mes mannequins ont plu. La blogosphère en fleurit depuis maintenant plusieurs mois, c'est aussi grâce à Anne-Laure "De mes dix doigts" qui m'a fait l'honneur la toute première de me demander l'autorisation de les numériser pour en proposer des broderies.
Que je sois rémunérée ou pas pour cela ne regarde personne. Je dois le dire parce que j'entends parfois des petites choses désagréables à ce sujet. Je respecte infiniment les gens qui demandent des permissions, qui nomment leurs sources et qui leurs rendent ainsi hommage, c'est la plus jolie des gratifications. La sphère créative ne fonctionne que si chacun est respectueux de ce que leur offre autrui. "La routourne" tournera et tant mieux.
J'ai vu des copies à l'acrylique des dessins qui illustrent le site des cortèges de Garance dans une très belle vente. C'est pitoyable de médiocrité, mais c'est le jeu.
Je suis extrêmement et sincèrement flattée quand ce petit mannequin voyage et qu'il en vienne à orner des articles de puériculture ou donner des idées de nouvelles panoplies.
En revanche, et je craignais que cela arrive, je ne tolère pas entendre par des bruits de couloirs qui s'immiscent de bouches à oreilles, de blogs à messages FB et de claviers à ventes privées que je n'ai plus d'inspiration et que par trop de laxisme je me suis fait piquer ma signature.
Oui le petit mannequin est à tout le monde, non je ne prétends pas en être un Cerbère surveillant d'un oeil torve le petit enfer que peut devenir parfois cet huis clos de créatrices qui s'observent, mais je refuse de me laisser endormir par des lyres qui joueraient une partition hypocrite.
Il se trouve en revanche, que cette année, à voir fleurir des mannequins joliment peint à la gouaches et proposés sur mesure avec un petit objet personnalisé au pied, j'ai ressenti une certaine lassitude.
Il était en mon devoir de rassurer la créatrice de ces petits tableaux. Elle m'a d'ailleurs contactée et nos échanges furent sincères. Attaquée régulièrement et à juste titre par des contacts communs et pointée du doigt pour son manque d'originalité, je lui ai proposé de signaler discrètement sur son catalogue en ligne qu'elle s' inspirait de mes aquarelles. Ce serait un juste retour des choses. Je ne sais pas si elle le fait, je pense qu'elle n'a rien à cacher et si j'en parle ouvertement c'est que nous sommes en contact de loin en loin.
Mais les langues sont venimeuses - Pas celles qui dénoncent la copie, elles sont logiques - Et j'en prends aussi pour mon grade. "Trop laxiste". Trop permissive.
Soit.
Alors j'ai délaissé mes pinceaux. Plus envie. Les commandes en cours, non urgentes bien sûr sont restées en plan.
J'ai ressorti pourtant mes palettes il y a peu, en me secouant. Il faut dire que j'ai tant eu à faire cette année ! Pas d'histoire de vêtements. Du contact, de l'humain. De ces choses qui font une vie vraie et qu'il est bon parfois de retrouver.
Je n'ai pas dit mon dernier mot. La route est longue même si elle est tortueuse…Et je n'en trace pas seule les contours.
Merci infiniment à celles qui ont compris…et celles qui restent fidèles.
